Spectacles primés

Cette sélection regroupe les pièces qui ont été récompensées par un **Molière** (depuis 1987, les Molières saluent chaque année les artistes et les spectacles les plus remarquables de la saison) ou par un **prix du Syndicat de la Critique** (depuis 1963, le Syndicat de la critique distingue les spectacles et les personnalités artistiques qui ont marqué la saison).

Thé à la menthe ou t'es citron ?
  • HILARANT - Thé à la menthe ou t’es citron ? est un must du théâtre de divertissement. La pièce de Patrick Haudecœur utilise tous les ressorts classiques du genre, quiproquos, gags, décalages pour atteindre une catastrophe annoncée, nous emmenant sur le plus haut barreau de l’échelle de Richter du rire ! Patrick Haudecoeur est irrésistible dans le rôle du gaffeur, la mise en scène fait que le public s'amuse autant que les comédiens. Surtout dans la seconde partie, plus enlevée, où les imprévus s'accumulent. Le jeu de mots "thé à la menthe ou t’es citron" (inspiré aux auteurs par Juliette Binoche dans "Rendez-vous") est devenu une réplique culte pour ce spectacle prodigieusement drôle.
La seconde surprise de l'amour
  • MAIS QUELLE SURPRISE ! - La Seconde surprise de l’amour c’est une surprise pour les personnages de la Marquise et du Chevalier qui tombent dans les bras l’un de l’autre bien malgré eux. L’histoire est un régal, la mise en scène intemporelle, surréaliste et éloquente comme toujours avec le génial Luc Bondy et les acteurs irrésistibles. Le couple Micha Lescot et Clotilde Hesme fonctionne à merveille. On est suspendu à leurs paroles, à leurs mouvements. Ce sont deux stradivarius de la scène. Il ne faut surtout pas se priver de ce plaisir.
Clôture de l'amour
  • VERTIGES DU DESAMOUR - Depuis son triomphe à Avignon en 2011, l'œuvre pour deux acteurs de Pascal Rambert est devenue l’une des pièces françaises contemporaines les plus jouées à l’étranger. C'est un affrontement, un duel, une confrontation sans merci ; un spectacle qui parle de choses essentielles et fondamentales, porté par le verbe puissant, complexe, intelligent de l'écriture torrentielle de Pascal Rambert. Quant aux deux comédiens, ils sont magnifiques et rayonnants d’intensité, d’humanité et de précision, chacun dans leur registre, portant des mots cruels et impudiques, qui semblent issus du plus profond d’eux-mêmes. Sans pathos, mais avec quelques pointes d’humour ravageur, la représentation fascine et bouleverse. Un des sommets du répertoire contemporain. On en ressort suffocant, hagard, hébété et heureux.
Musée haut, musée bas
  • RIRE ART BIEN QUI RIRA LE PREMIER - Que vous aimiez ou que vous détestiez les musées, Musée haut, musée bas va vous faire voir l’art sous un autre angle. Dans une série de saynètes cocasses voire hilarantes, Jean-Michel Ribes, l’auteur de cette dinguerie, se moque de notre sacralisation de l’art et des artistes. Il met en boîte toutes les populations qui errent dans ces lieux conçus pour nous faire "bouffer" de la culture. Et c’est génial, parce que c’est bien vu, parce que c’est intelligent et parce que c’est drôle. Après avoir vu Musée haut, musée bas, vous allez adorer aller au musée…
Les femmes savantes
  • UNE PIECE D'AVANT-GARDE : Longtemps considérée comme une critique de l’émancipation des femmes, Les Femmes savantes de Molière est en réalité une dénonciation de tous les comportements excessifs y compris lorsqu’ils servent une juste cause. C’est ce que démontre avec une grande finesse la mise en scène de Béatrice Agenin. Magnifique comédienne -elle joue le rôle d’Armande-, brillante metteuse en scène, elle sait utiliser le texte de Molière et le faire entendre avec intelligence. Encensée par toutes les critiques, cette version très classique est d’une étonnante modernité.
La cerisaie
  • AU SOMMET - La Cerisaie est au théâtre russe ce qu’Hamlet est au théâtre anglais et Cyrano au français. Pièce sublime sur la fin d’une famille, le déclin d’une aristocratie et le passage d’un monde à un autre. Lioubov et son frère Gaïev ne peuvent plus lutter contre la marche du monde et vendent leur domaine aux enchères. Alain Françon est notre plus grand metteur en scène, les pièces qu’il monte sont stupéfiantes d’intelligence et ses acteurs, à commencer par Dominique Valadié, sa femme à la ville, extraordinaire de virtuosité. Un bijou empreint de finesse et de sensibilité.
Cochons d'Inde
  • COCHONS DINGUES ! : Cochons d’Inde est l’une des premières pièces de Sébastien Thiéry et elle pose déjà ce qui fait l’adn de son théâtre : un bourgeois confronté à une situation absurde qui remet en question les fondements de son existence. On rit beaucoup avec ses personnages, on enrage aussi de les voir empêtrés dans des noeuds impossibles à démêler ; au final c’est un peu nous qui combattons avec Patrick Chesnais le sort qui l’accable. C’est la force de ce théâtre, en plus de nous distraire follement.
Les marchands
  • DU GRAND ART - Les Marchands fait partie avec Au Monde et Cet enfant de la trilogie de Joël Pommerat qui lui a amené la consécration. Soudain on découvrait une façon de faire du théâtre complètement immersive, hypnotique, avec des scènes toutes réglées comme du papier à musique. Ce qui décuple à chaque fois la gravité des propos tenus. Dans cette pièce, qui ressemble à un thriller angoissant, on plonge dans les affres du monde du travail et des souffrances que cela peut causer sur les employés. C’est vertigineux, étonnant de perfection, juste inoubliable.
Ma chambre froide
  • UN CONTE MODERNE - D’abord, Joël Pommerat a une façon bien à lui de raconter des histoires, empreinte de mystère, et d’angoisse. Ses personnages de Ma chambre froide interpellent par l’ambiguïté des intentions qui les animent. Au fond, Pommerat nous plonge dans un univers mental abyssal où l’intuition est un guide précieux pour suivre son histoire. Là où c’est un auteur génial, c’est qu’il fait de nous de véritables acteurs de sa pièce.
Un fil à la patte
  • UN HILARANT DEFILÉ. L'une des pièces les plus célébrées de Feydeau, n'a rien perdu de son éclat, plus d'un siècle après sa création au Théâtre du Palais-Royal en 1894. La preuve, lorsque Jérôme Deschamps la monte à la Comédie-Française en 2010, c'est un triomphe critique et populaire avec trois Molières à la clé ! Il faut dire que le fondateur des Deschiens connaît ce grand Boulevard comme sa poche : la mise en scène de Jacques Charon au Français dans les années 1950 l'avait, enfant, fait rire aux larmes... S'appuyant sur la formidable cohésion de la troupe de la vénérable institution (dont émerge un certain Pierre Niney), il livre une revue jubilatoire, respectant à la lettre le tempo comique chirurgical de Feydeau. Deschamps met l'accent sur l'amour désintéressé de Lucette (Florence Viala, irrésistible) pour le lâche Bois d'Enghien (Hervé Pierre), seule touche de tendresse dans ce monde régi par l'argent-roi. L'émerveillement est aussi visuel, grâce aux magnifiques costumes Belle Epoque de Vanessa Sannino. Une éclatante réussite !
Le Montespan
  • UN LOUIS DE TROP. Tout le monde connaît la passion de Louis XIV pour la Marquise de Montespan qui fut sa favorite pendant plus de dix ans. On connaît moins celle du Marquis de Montespan pour sa femme. C’est ce que raconte cette adaptation du roman de Jean Teulé. Quand le Roi tombe amoureux de la Marquise, et "on ne dit pas non au roi". Le conte de fée vire alors au cauchemar pour les époux. "Séparés, mais inséparables" n’a de cesse de marteler le Marquis… Les trois comédiens, tous brillants, reconstituent avec fougue cette histoire vécue comme une malédiction qui inspira à Molière sa pièce Amphitryon. Du maquillage, des perruques, des costumes et un rideau qui fabriquent des trompe-l’œil suffisent à nous immerger dans la Cour du Roi Soleil. Servie par une mise en scène rythmée, qui alterne entre humour et tragédie, cette pièce sur les faux-semblants est une pépite.
Novecento
  • DUSSOLLIER MAÎTRE CONTEUR - « La terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage...» dit Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, ce pianiste virtuose né sur un transatlantique et de l’imagination d’Alessandro Baricco. André Dussollier rêvait de monter ce court récit d’une sensibilité et d’une poésie incroyable. Il choisit de nous faire écouter la musique dont Barrico tisse dans chacun de ses mots la puissance d’évocation. Aussi partage-t-il la scène avec un véritable orchestre, un quartet piano, trompette, batterie, contrebasse qui nous berce et nous jazze entre musique classique et ragtime. Avec une énergie enthousiaste, beaucoup de légèreté et d’humour, le comédien dialogue avec les musiciens et se démultiplie (en capitaine, trompettiste, passager…) pour nous conter l’histoire poignante de Novecento. Cette mise en scène musicale et enjouée permet de prolonger l’émotion que ne donne plus les mots. Tout comme Novecento le pianiste, Dussollier le conteur maîtrise ses gammes à la perfection.    
Le Banquet
  • UN VRAI FESTIN. Mathilda May approfondit le procédé établi par sa précédente pièce Open Space où les mots, déjà, étaient remplacés des borborygmes. Et toutes les autres dimensions de la communication sont utilisées : danse, chorégraphies, chansons, et même des effets spéciaux judicieusement choisis. Tout cela pour évoquer une fête de mariage qui tourne à l’aigre, avec ses invités qui constituent une véritable comédie humaine. Les acteurs, saisissants, parviennent à donner vie à leurs personnages en quelques gestes. Les gags burlesques s’enchaînent, on pense à Tati pour l’utilisation des effets sonores, à Buster Keaton pour l’art du slapstick. Mais l’univers de Mathilda May, derrière les gags, se révèle cruel et même carrément trash. Heureusement, les chansons de Dolly Parton apportent un peu de baume au cœur et concluent ce spectacle brillant sur une note légère.