Histoires de famille
Cendrillon
  • UN CONTE MAGISTRAL : On connaît tous l’histoire de Cendrillon. Et on connaît tous l’oeuvre théâtrale de Joël Pommerat. Alors lorsque le second s’en prend à la première, cela donne une oeuvre mythique éblouissante, repensée à l’aune de nos obsessions contemporaines. Dès lors, le conte est mâtiné de psychologie et l’intrigue revisitée à chaque étape. Voix off et déroulé cinéma, signatures de Pommerat, traversent ce spectacle qui débute sur un malentendu : Cendrillon croit entendre sa mère lui faire promettre dans son dernier souffle de penser à elle à chaque instant, sous peine de la faire mourir pour de bon…
Courgette
  • AUX ENFANTS DE LA CHANCE. Le roman de Gilles Paris a d’abord été adapté à la télévision, au cinéma, puis en BD. Le voilà désormais au théâtre, orchestré par Pamela Ravassard. On y retrouve Icare, rebaptisé Courgette par sa maman, placé au foyer d'accueil « Les Fontaines », ce refuge pour « enfants écorchés » où l’on tente de recoudre des cœurs meurtris. Une estrade, des étoiles accrochées dans le ciel, des instruments (piano, guitare, harmonica, batterie) où les acteurs, qui incarnent tous les rôles, poussent aussi la chansonnette. Servi par des interprètes riches et généreux, l’ensemble compose un conte tendre et vivifiant, et réussit cette mission, pour reprendre la phrase du héros : « Les adultes, faudrait les secouer pour faire tomber l’enfant qui est en eux."
Le Banquet
  • UN VRAI FESTIN. Mathilda May approfondit le procédé établi par sa précédente pièce Open Space où les mots, déjà, étaient remplacés des borborygmes. Et toutes les autres dimensions de la communication sont utilisées : danse, chorégraphies, chansons, et même des effets spéciaux judicieusement choisis. Tout cela pour évoquer une fête de mariage qui tourne à l’aigre, avec ses invités qui constituent une véritable comédie humaine. Les acteurs, saisissants, parviennent à donner vie à leurs personnages en quelques gestes. Les gags burlesques s’enchaînent, on pense à Tati pour l’utilisation des effets sonores, à Buster Keaton pour l’art du slapstick. Mais l’univers de Mathilda May, derrière les gags, se révèle cruel et même carrément trash. Heureusement, les chansons de Dolly Parton apportent un peu de baume au cœur et concluent ce spectacle brillant sur une note légère.
Le dernier jour du jeûne
  • CALANQUES ANTIQUES. Simon Abkarian, ancien du Théâtre du Soleil, n’est pas seulement un comédien talentueux : c’est aussi un metteur en scène et dramaturge remarquable et récompensé. Dans son Dernier jour du jeûne, il incarne le patriarche débonnaire d’une famille méditerranéenne confronté aux désirs d’émancipation des femmes. A ses côtés, Ariana Ascaride est une éclatante mère courage, et Judith Magre une fantastique vieille tante féministe. Une distribution impeccable qui nous plonge dans cette épopée intime d’une grande fluidité, mêlant accent marseillais et grandes envolées lyriques dignes des tragédies grecques.
Juste la fin du monde
  • L'IMPOSSIBLE RETOUR : Servie par d’excellents comédiens, parmi lesquels Hervé Pierre (dans le rôle de Louis), Danièle Lebrun (dans celui de la mère) et Bruno Wolkowitch (dans celui du frère), la mise en scène de François Berreur s’attache surtout à montrer le mensonge auquel est acculé Louis, le personnage principal. Or le but de son retour dans sa famille est pourtant de dire la vérité, notamment sur sa mort inévitable. Mais tout l’en empêche et le maintient dans le mensonge. L’autre intérêt de cette version c’est le choix du comédien principal, Hervé Pierre, qui contraste avec la silhouette très maigre de Jean-Luc Lagarce. Il a voulu en faire un monsieur Loyal qui raconte avec distance et humour cet épisode de sa vie. Et c’est sans doute l’aspect positif du spectacle : si Louis n’a pas réussi à parler, c’est que le choix de quitter sa famille douze ans plus tôt était juste.
La Cerisaie
  • INCANDESCENTE HUPPERT. Tiago Rodrigues propose une Cerisaie imprégnée de nos états d’âme face à l’arrivée d’un monde d’après, d’autant plus que le classique de Tchekhov accompagna la réouverture post-Covid du Festival d’Avignon en 2021.  Sur une scène où sont alignés d’anciens fauteuils récupérés des gradins de la Cour remis à neuf, trois énormes lampadaires à cinq branches circulent sur des rails pour amener la lumière parmi des gens désabusés.  La première source est apportée par le retour de Lioubov (Isabelle Huppert) la propriétaire de la Cerisaie. Lumière, musique, chansons égayent alors un quotidien très sombre. Autour d’elle, tous anticipent le changement et peinent à vivre au présent ; soit qu’ils ressassent le passé, soit qu’ils se projettent dans un avenir qu’ils redoutent. Sur scène, Isabelle Huppert et Marcel Bozonnet sont incandescents : l’une brûle ses dernières flammes de vie, l’autre est au terminus d’une vie au service des autres. Une adaptation troublante, servie par une scénographie magnifique et des comédiens investis.  
La cerisaie
  • AU SOMMET - La Cerisaie est au théâtre russe ce qu’Hamlet est au théâtre anglais et Cyrano au français. Pièce sublime sur la fin d’une famille, le déclin d’une aristocratie et le passage d’un monde à un autre. Lioubov et son frère Gaïev ne peuvent plus lutter contre la marche du monde et vendent leur domaine aux enchères. Alain Françon est notre plus grand metteur en scène, les pièces qu’il monte sont stupéfiantes d’intelligence et ses acteurs, à commencer par Dominique Valadié, sa femme à la ville, extraordinaire de virtuosité. Un bijou empreint de finesse et de sensibilité.
Roméo et Juliette
  • L'AMOUR A MORT : Une relecture jouissive de Roméo et Juliette par Olivier Py qui a pris en charge la traduction, l'adaptation et la mise en scène de cette oeuvre culte. Sous la plume de Py, on retrouve la verve de Shakespeare, la truculence de la jeunesse, la fulgurance de l'amour et la course vers l'abîme du beau Roméo et de la jeune Juliette. Le metteur en scène mène son intrigue tambour battant trois heures durant grâce à un couple de comédiens débordant d'énergie. L’amour à mort version ado !