Fête de la musique

« Fête de la musique, fête de l’âme ! », comme le chantait Camille devant un François Hollande, un poil embarrassé, dans une séquence passée dans la postérité. Ce qui nous rappelle que la musique peut être aussi l’âme du théâtre : chez Shakespeare, les mélodies féeriques plonge les amoureux dans le Songe d’une nuit d’été. Dans Courgette, les chansons de Moriarty et des Cowboys fringants réparent les cœurs brisés des enfants abandonnés. Jean Bellorini, metteur en scène et mélomane averti, convoque aussi bien Daniel Balavoine dans Histoire d’un Cid que l’Orfeo de Claudio Monteverdi dans Le Jeu des ombres. Impossible enfin d’oublier les mélodies de Novecento et son piano sur l’océan, ni les tubes 70’s de Queen dans Féminines de Pauline Bureau, qui sauront inspirer nos footballeurs français en ce mois de Coupe du Monde ! 

Le Songe d'une nuit d'été
  • UN RÊVE ÉVEILLÉ. Baroque, irrévérencieuse, peuplée de personnages inoubliables (Puck, Bottom, Obéron…), Le Songe d’une nuit d’été est la comédie la plus fascinante du répertoire shakespearien. Une féérie qui célèbre la réconciliation entre les hommes et la nature, le corps et le spirituel. Cette mise en scène de Guy-Pierre Couleau fut spécialement créé pour le fameux Théâtre du Peuple de Bussang, au cœur des Vosges, à l’occasion des Estivales 2016. Particularité : une partie des comédiens sont amateurs. Difficile de voir la différence, tant la troupe se glisse avec une aisance gourmande dans les répliques merveilleuses de Shakespeare et ce magnifique décor qui évoque la forêt de Brocéliande. Le Songe, pour Guy-Pierre Couleau, est un « texte d’amour, mais aussi d’ombre et de rêve, où Shakespeare nous dit que lorsqu’on ne comprend rien aux choses, il faut créer les conditions pour y voir clair. » Un hommage clairvoyant à ce classique éternel. 
Courgette
  • AUX ENFANTS DE LA CHANCE. Le roman de Gilles Paris a d’abord été adapté à la télévision, au cinéma, puis en BD. Le voilà désormais au théâtre, orchestré par Pamela Ravassard. On y retrouve Icare, rebaptisé Courgette par sa maman, placé au foyer d'accueil « Les Fontaines », ce refuge pour « enfants écorchés » où l’on tente de recoudre des cœurs meurtris. Une estrade, des étoiles accrochées dans le ciel, des instruments (piano, guitare, harmonica, batterie) où les acteurs, qui incarnent tous les rôles, poussent aussi la chansonnette. Servi par des interprètes riches et généreux, l’ensemble compose un conte tendre et vivifiant, et réussit cette mission, pour reprendre la phrase du héros : « Les adultes, faudrait les secouer pour faire tomber l’enfant qui est en eux."
Novecento
  • DUSSOLLIER MAÎTRE CONTEUR - « La terre, c'est un bateau trop grand pour moi. C'est un trop long voyage...» dit Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, ce pianiste virtuose né sur un transatlantique et de l’imagination d’Alessandro Baricco. André Dussollier rêvait de monter ce court récit d’une sensibilité et d’une poésie incroyable. Il choisit de nous faire écouter la musique dont Barrico tisse dans chacun de ses mots la puissance d’évocation. Aussi partage-t-il la scène avec un véritable orchestre, un quartet piano, trompette, batterie, contrebasse qui nous berce et nous jazze entre musique classique et ragtime. Avec une énergie enthousiaste, beaucoup de légèreté et d’humour, le comédien dialogue avec les musiciens et se démultiplie (en capitaine, trompettiste, passager…) pour nous conter l’histoire poignante de Novecento. Cette mise en scène musicale et enjouée permet de prolonger l’émotion que ne donne plus les mots. Tout comme Novecento le pianiste, Dussollier le conteur maîtrise ses gammes à la perfection.    
Histoire d'un Cid
  • UN CID POUR JOUER - Attention, la pièce est présentée comme une « variation » de la pièce de Corneille. Les puristes risquent d’y trouver à redire. Ce qui est sûr, c’est que Jean Bellorini a gardé sa part d’enfance pour relater avec sa troupe du Théâtre National Populaire le fameux dilemme cornélien, devant la façade de style Renaissance du château de Grignan. Rodrigue (François Deblock filiforme, cheveux ébouriffés tel un personnage de bande dessinée) est pris en étau entre son amour pour la belle Chimène (Cindy Almeida de Brito) et le devoir de venger l’honneur de son père giflé par le paternel de la jeune fille (Federico Vanni, qui joue aussi la gouvernante de l’infante). La scénographie originale détermine le parti pris d’une mise en scène fluide guidée par une fougue juvénile. Ça rit beaucoup dans les gradins, et les personnages majestueusement incarnés enchaînent alexandrins et chansons comme dans une cour de récréation. « Je ne suis pas un héros », fredonne Rodrigue à califourchon sur une structure gonflable. Mais la troupe prononce avec art les célèbres tirades : « O rage ô désespoir… », « La valeur n’attend point le nombre des années ».  L’intention de Jean Bellorini  est de distraire le plus grand nombre ; il y réussit dans la joie et la bonne humeur.
Le Jeu des Ombres
  • NE TE RETOURNE PAS ! Après Cocteau et Anouilh, c’est un autre immense poète, Valère Novarina, qui apporta sa pierre au mythe tragique et éternel d’Orphée et Eurydice. Née d’une commande par Jean Bellorini, cette pièce-fleuve suit une communauté d’âmes errant dans les Enfers, se souvenant de ce qu’a été la vie. La langue exubérante de Novarina est un chant qui circule, capable d’éveiller les sens au même titre que la musique sublime de Monterverdi. Parole, chansonnette, chant lyrique : on est conquis par la richesse des mots et des formes convoqués, sans cesses renouvelés. Ce spectacle de troupe, celle du Théâtre National Populaire, réunit sur le plateau comédiens, musiciens et chanteurs. Le monde brûle, l’univers se dérègle, les instruments sont fracassés, et pourtant le petit orchestre des artistes est là, prêt à chanter l’amour et la vie. Un voyage inoubliable et flamboyant à travers les Enfers, le langage et la musique… 
Féminines
  • ON EST LES CHAMPIONNES ! A l’heure où les femmes se révoltent contre toutes les discriminations que leur inflige la société des hommes, Féminines rappelle que les êtres humains sont égaux dans tous les droits à commencer par celui de se divertir et de pratiquer des sports réservés aux hommes. La pièce, entre émotions, entraînements et compétitions, théâtre et vidéo géante, vient secouer l’image de la femme d’il y a à peine 50 ans : mère de famille, épouse modèle... la féminité se rebelle et s’émancipe. Une mise en scène entrainante, tonique et généreuse, BUT !!