Apprendre encore

Débout, c'est le rentrée ! Même sur Cyrano, on aura jamais fini d'apprendre. C'est que les professeurs y sont excellents chacun dans leur matière : art moderne avec Alex Vizorek, Histoire politique avec Joeystarr, littérature avec Niels Arestrup... De quoi se gorger de savoirs, sans se sentir trop "savante", ni s'endormir à la première page du Cid. Heureusement qu'il y a Jean Bellorini et sa troupe pour nous dynamiter Corneille, avec respect bien sûr. Et du respect, Louis XIV n'en eu point, en subtilisant la marquise de Montespan à son mari bien aimé... Comment, on ne vous a pas appris cette histoire à l'école ?

Éloquence à l'Assemblée
  • AUX MOTS, CITOYENS. Robespierre, Olympe de Gouges, Lamartine, Victor Hugo, Jaurès, Aimé Césaire, Malraux, Simone Veil… L’Assemblée Nationale a vu défiler au fil des siècles les plus grands orateurs. Ce sont leurs discours que reprend JoeyStarr dans ce seul en scène à la fois civique, politique et littéraire. Le rappeur et comédien, totalement investi, rééclaire ces pages d’histoire avec son charisme et sa présence inimitable. Corruption des élites, droits des femmes, instruction publique, pacifisme… Les thématiques abordées restent d’une modernité stupéfiante. Réentendre ces plaidoyers pour la liberté n’est pas seulement un devoir citoyen : c’est aussi un plaisir théâtral jubilatoire.  
Alex Vizorek est une œuvre d'art
  • D’ART D’ART. Dans la lignée d’un François Rollin ou d’un Stéphane de Groodt, Alex Vizorek maîtrise à la virgule près l’art délicat de l’absurde. Membre de l’académie Alphonse Allais, chroniqueur régulier à la radio et la télévision, l’humoriste belge s’est fait connaître en 2009 avec son premier spectacle, un seul en scène aussi original que décapant qui le voit enchaîner des questionnements décalées sur les grandes et petites œuvres d’art de notre temps. Et qui réussit même, entre deux fous rires, à nous instruire et nous interroger sur la pertinence du goût. Il aura remanié sa création pendant plus de 10 ans, avant les dernières représentations chez lui, à Bruxelles, sous le titre définitif : « Alex Vizorek est une dernière fois une œuvre d’art. »
Lettres à un jeune poète
  • LETTRES À FRANZ. Quand on connaît la sensibilité de Niels Arestrup, on comprend qu’il ait pu s’identifier à Rilke avec tant de passion. Cette correspondance à Franz Kappas, il la fait sienne, les paroles qu’il distille viennent du coeur. C’est pourquoi, il faut voir ce spectacle avec la conviction qu’il s’adresse aussi à nous. Car c’est plus qu’un spectacle, c’est une leçon de vie sous la forme d’un magnifique poème.
Les femmes savantes
  • UNE PIECE D'AVANT-GARDE : Longtemps considérée comme une critique de l’émancipation des femmes, Les Femmes savantes de Molière est en réalité une dénonciation de tous les comportements excessifs y compris lorsqu’ils servent une juste cause. C’est ce que démontre avec une grande finesse la mise en scène de Béatrice Agenin. Magnifique comédienne -elle joue le rôle d’Armande-, brillante metteuse en scène, elle sait utiliser le texte de Molière et le faire entendre avec intelligence. Encensée par toutes les critiques, cette version très classique est d’une étonnante modernité.
Histoire d'un Cid
  • UN CID POUR JOUER - Attention, la pièce est présentée comme une « variation » de la pièce de Corneille. Les puristes risquent d’y trouver à redire. Ce qui est sûr, c’est que Jean Bellorini a gardé sa part d’enfance pour relater avec sa troupe du Théâtre National Populaire le fameux dilemme cornélien, devant la façade de style Renaissance du château de Grignan. Rodrigue (François Deblock filiforme, cheveux ébouriffés tel un personnage de bande dessinée) est pris en étau entre son amour pour la belle Chimène (Cindy Almeida de Brito) et le devoir de venger l’honneur de son père giflé par le paternel de la jeune fille (Federico Vanni, qui joue aussi la gouvernante de l’infante). La scénographie originale détermine le parti pris d’une mise en scène fluide guidée par une fougue juvénile. Ça rit beaucoup dans les gradins, et les personnages majestueusement incarnés enchaînent alexandrins et chansons comme dans une cour de récréation. « Je ne suis pas un héros », fredonne Rodrigue à califourchon sur une structure gonflable. Mais la troupe prononce avec art les célèbres tirades : « O rage ô désespoir… », « La valeur n’attend point le nombre des années ».  L’intention de Jean Bellorini  est de distraire le plus grand nombre ; il y réussit dans la joie et la bonne humeur.
Le Montespan
  • UN LOUIS DE TROP. Tout le monde connaît la passion de Louis XIV pour la Marquise de Montespan qui fut sa favorite pendant plus de dix ans. On connaît moins celle du Marquis de Montespan pour sa femme. C’est ce que raconte cette adaptation du roman de Jean Teulé. Quand le Roi tombe amoureux de la Marquise, et "on ne dit pas non au roi". Le conte de fée vire alors au cauchemar pour les époux. "Séparés, mais inséparables" n’a de cesse de marteler le Marquis… Les trois comédiens, tous brillants, reconstituent avec fougue cette histoire vécue comme une malédiction qui inspira à Molière sa pièce Amphitryon. Du maquillage, des perruques, des costumes et un rideau qui fabriquent des trompe-l’œil suffisent à nous immerger dans la Cour du Roi Soleil. Servie par une mise en scène rythmée, qui alterne entre humour et tragédie, cette pièce sur les faux-semblants est une pépite.